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Situation sécuritaire au Burkina : Pour une intelligence plurielle et participative contre la descente aux enfers de notre nation

Ceci est une tribune libre  de Dr Boniface Désiré SOME.

L’attaque de Toéni dans le Sourou, ce 27 décembre avec encore des gendarmes tués au nombre de 10, semble venir approfondir la décente aux enfers de notre nation tant aimée par tant les burkinabé et les amis du Burkina Faso. Il est des situations dramatiques dans la vie d’une nation où les calculs individualistes, politiciens, affairistes ou militants de chapelles, sont à bannir, du moins à contingenter. C’est le cas de celle du Burkina Faso à ce jour. Allons-nous continuer à verser autant de sang et de larmes dans l’espoir qu’une force métaphysique nous vienne au secours ?

L’ennemi est de plus en plus en plus monstrueux et la réponse est sans doute bien insuffisante, voire médiocre. Dans tous les cas, elle n’est à la hauteur des attentes de sécurisation des citoyens indiquant du même la faillite de l’Etat dans son rôle régalien en la matière.

Notre nation, construite depuis la colonisation, n’a jamais été autant endeuillée. Si les chiffres de perte en vies humaines sur les champs de batailles coloniales me sont inconnus, ceux de la guerre asymétrique déclenchée contre le pays depuis janvier 2016 avoisinent les 200 morts, voire plus. Le dernier chiffre officiel, il y a 2 mois était de 169. Depuis lors, bien d’autres enfants du pays sont encore tombés face aux terroristes, qu’ils soient FDS ou simples civils.

La sécurité est à mon sens le concept central de la doctrine de l’Etat. S’il est évident qu’elle ne soit pas garantie en temps et en tout, il est par contre inconcevable que le souverain tarde à trouver des solutions lorsque l’insécurité perdure en faisant autant de morts. Celui qui tient le gouvernail ne peut pas éviter la tempête mais, si elle survient, il doit être capable de diriger le bateau (Agamben : 2013). A défaut, il doit demander la contribution de tous, pour notre part. On ne doit plus enterrer comme ça de jeunes burkinabé sous nos futiles émotions, notre silence complice ou coupable.

Je vois des familles, surtout des enfants inconsolables, en pleurs qui après avoir reçu il y a seulement 2 jours, un message ou un cadeau de Noël de leur père dont ils ont dramatiquement appris la mort le surlendemain. Ce père ne viendra pas et ne fera pas signe dans 2 jours pour la fête du nouvel an. Et s’en est irrémédiablement terminé. La nation ne leurs prêtera aucun père. Elle ne leurs offrira rien en compensation. En regardant les miens ce matin, j’ai dû écraser une larme en cachette en pensant à ces enfants et à ceux des précédentes hécatombes, des enfants désormais du vide paternel, sinon du vide tout court (pour paraphraser Glusckmann : 2018).

Le Burkina Faso n’est et ne sera ni la case encore moins la chasse gardée d’un homme aussi riche, puissant ou intelligent soit-il. Par conséquent, le sécuriser ne saurait être l’apanage d’un homme ou d’un groupe d’hommes (le Président Sankara nous en avait prévenu), même pas d’une puissance surnaturelle. Là, je touche du bois en ébranlant mes convictions religieuses mais je compte sur un repêchage de la miséricorde divine pour sauver mon âme. Mais quand bien même les citoyens ont des âmes, dans la république, les âmes ne sont pas citoyennes. Ou du moins, la seule citoyenneté républicaine qui puisse valoir pour tout citoyen, c’est d’avoir une âme nationaliste face au péril collectif.

Au burkinabé de tous les groupes ethniques, de toutes les confessions religieuses, chapelles politiques, couches socioprofessionnelles, l’heure est si grave que le seul modus vivendi qui nous reste n’est que l’union sacrée.

A son Excellence, Monsieur le Président du Faso, le Président de tous les burkinabé, à mon humble avis, il ne reste plus que ce seul mot : l’union sacrée des burkinabé. Vous en êtes plus conscient que moi sans doute, car si nous devons avoir encore un pays qui compte pour nous et qui compte parmi les autres nations, il s’impose à nous de nous unir en faisant table rase sur les considérations politiques qui minent le pays et qui ont creusé des ravins abyssaux entre les burkinabé.

Monsieur le Président, pour cette haute considération que je suppos que vous avez pour la patrie, abandonnez le reste de votre mandat présidentiel au profit de cette union sacrée des burkinabé par des états généraux sur la nation, pour mettre fin à la catastrophe. Les problèmes du pays sont trop sous votre gouvernance mais le pire est le génocide que vivent les citoyens en ces jours. Vous êtes le plus fort du moment mais c’est sous votre force que notre nation descend aux enfers.

On dit de vous, un homme presque pieux de par votre fréquentation de lieux de prière. Dieu ne viendra pas combattre les terroristes pour la nation mais il vous soutient et vous éclaire sans doute par devers vos bonnes prières. Il a doté ce pays d’hommes courageux et intelligents en plus de vous cela suffit à la défense de la patrie et à son bonheur.

Aux chefs des partis d’opposition politique burkinabé et autres forces vives de la nation, abandonnez vos agendas si le Chef de l’Etat, le Président Rock Mark Christian KABORE abandonnant le reste de son mandat, vous appelle à cette union sacrée. Ensemble, nous ne manquerons ni d’intelligence, ni de moyens pour tirer le pays du gouffre.

Pour vaincre le terrorisme, il faut vaincre ici et maintenant les fractures sociales et politiques dans notre pays. Président du Faso, si vous n’entamer pas la vraie guerre contre ces fractures, vous risquez de n’en gagnez aucune, surtout pas celle contre le terrorisme. Des marchands d’illusions de tout acabit, à l’international comme au plan national, veulent nous vendre des recettes avariées.

Ils ne cherchent que des rémunérations assassines de notre patrie. Dans tous les cas, l’Histoire sera sans pitié contre vous si vous insister sur les réponses exotiques et cosmétiques contre le terrorisme, pendant que la solution simple consiste à l’intelligence plurielle et participative de tous les burkinabé.

Je rêve à coup sûr mais qu’il me soit permis de le faire pour ne pas mourir comme ces enfants au front de l’inconnu et de la certitude de la mort gratuite. La mort est si loin et si proche mais ne précipitons surtout pas celle des autres.

Dr Désiré Boniface SOME

Enseignant à l’Université

Ouaga 1 Pr Joseph KI-ZERBO

Le Parti

Récépissé n°2014/0123/MATDS/SG/DGSEPP/DLFSPP  du 06 août 2014

Secteur 07, Rue 07.67 Porte 296

01 BP 2179 Ouagadougou 01

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